Viens le gel, qui passe sur nos plantations comme un souffle délétère. Les jeunes pousses se recroquevillent comme des folioles caduques. Et, désolé, je me demande si dans les végétaux circule une quelconque déclinaison de la douleur, et si oui dans quelle nuance sur l’échelle qui va de l’information au supplice ?

Sur la route, je passe devant ce panneau qui marque la fin de toute interdiction, et j’ai soudain envie de m’arrêter. N’importe où dans cet espace irréel protégé de tout autoritarisme, je pourrais m’installer, serein, confiant, attendant sans crainte qu’enfin me submerge l’ennui.

Pendant que je mange dehors, une pie se laisse tomber d’une branche, déploie ses ailes et atterrit en planant sur le toit d’en face. Sans plus d’efforts que moi pour me lever de ma chaise, elle vole.

Trouver un côté marrant à la petite chose emmerdante qui vous empêche devient vite compliqué quand la chose en question est invisible à l’œil nu.

En vélo, suffisamment emmitouflé pour braver un ou deux degré au dessus de zéro, dans la descente, frigorifié, je regarde une plaque de neige qui s’accroche encore à un pré pentu, au loin, comme une promesse de pureté inaccessible, un truc qui pourrait me rendre meilleur si seulement je pouvais l’atteindre, une suprême vertu, une limpide intégrité… Mais voilà : il fait froid et c’est loin.

J’usais enfin de toutes les possibilités du calme, niant farouchement qu’il puisse précéder quelque tempête.

L’effraie parcours les cieux d’un cri lancé si loin que, malhabiles, mes oreilles n’arrivent jamais à l’attraper.

Depuis cette épidémie de masques, on croise beaucoup de ces yeux paniqués qui voudraient s’exprimer et ne savent plus parler.